jeudi 12 octobre 2017

PENNY DREADFUL saison 1


Synopsis :
"Londres, 1891, une menace quasi invisible massacre la population, Vanessa Ives, une jeune femme aux pouvoirs puissants et hypnotiques, rencontre et accepte de s'allier à Ethan Chandler, un homme rebelle et violent ainsi qu'à Sir Malcolm, un homme riche d'un certain âge aux ressources intarissables pour combattre cette nouvelle menace."

Interprètes :
Eva Green, Josh Harnett, Timothy Dalton, Reeve Carney...

Alors, doc, verdict ?
Concernant l'aspect technique, les bonus du DVD sont très intéressants pour les passionnés d'époque victorienne. Le livret joint fait la part belle aux biographies des acteurs et aux petites interviews des techniciens. Les disques eux-mêmes sont faciles d'accès ; la sélection des langues s'affiche en direct et on peut enchaîner les épisodes dans la foulée et en un seul clic.

La série quant à elle est une révélation.

J'en attendais beaucoup, séduite par un trailer intriguant, elle me l'a bien rendu.
Tout en sensualité morbide, les histoires nous plongent dans cette fin du XIXème londonien dès les premières minutes de façon effrayante et avec une grande efficacité.
Sans concession, elle dégage tout de suite une forte tension, qui se maintient sur toute la saison 1. 
D'ailleurs, on en sort sonné, retourné et presque en manque.

Les personnages incarnés par des acteurs "habités", séduisent malgré eux (ils ne sont pas sympathiques), c'est surprenant et un peu troublant. Le seul acteur un peu en deçà du reste de la distribution, le mignon mais un peu plat Reeve Carney, ne parvient pas toujours à incarner tout le venin d'un Dorian Gray.
Eva Green a rarement été aussi impressionnante. Fascinante en femme à la lisière de la folie, elle dégage un charisme fou. Intense, elle est totalement dans le ton gothique de ces histoires d'épouvante à six sous.

Si chaque épisode propose une aventure "aboutie", il s'inscrit dans une histoire globale avec fil rouge. Le plus intéressant, c'est que les synopsis se renouvellent sans cesse, on n'a jamais le sentiment de tourner en rond ou de se répéter, d'un point de vue narratif ou visuel.

Très travaillée, cette première saison offre une qualité digne d'un film de cinéma. Il me semble d'ailleurs que chaque opus est plus long qu'un épisode de série traditionnelle. Il faut dire qu'elle sort des sentiers battus, mais c'est peut-être dû à la collaboration américano-britannique qui a su mêler le meilleur des deux nations sans dénaturer ce siècle foisonnant mis en image.

Il y a aussi un petit côté Extraordinary gentlemen's league dans le canevas (et l'époque) mais en version sombre et sanglante, d'une belle densité psychologique.
Il s'agit d'une relecture réussie de nos plus grands romans gothiques.

Une série passionnante grâce à une distribution de premier ordre, de bonnes histoires et un aspect technique exceptionnel (bel éclairage, décors somptueux et beaux costumes), sans parler de la musique envoutante. Mention spéciale au thème du générique qui nous plonge tout de suite dans l'ambiance, entre ténèbres et envolées romantiques.

A ne pas mettre sous tous les yeux cependant !

Verdict : puissant, un gros coup de cœur 💖

CBS
8 épisodes de 1h05 environ

dimanche 8 octobre 2017

La Dark Erotica, ou la décadence d'une littérature en recherche constante de nouvelles idées





Après une courte recherche, j'ai réuni un petit florilège de couvertures US, qui illustre bien l'esprit de la Dark Erotica ; l'homme domine, par le sexe et la force, pourvu qu'il soit sexy.

Mais la Dark Erotica, c'est quoi ?
Un dérivé sexuellement explicite de la dark romance contemporaine, dont le canevas s'articule autour d'une relation amoureuse toxique entre les deux personnages principaux.

Au fil de mes réflexions, beaucoup d'éléments se sont entremêlés.
Ai-je été surprise par l'engouement des lectrices, pour un genre qui pousse à l'extrême l'idée de la femme objet ?
Pas tant que cela si on tient compte de l'aspect défouloir que présentent certaines lectures.
Toutefois, on dirait bien que cette image dévalorisante de la femme, majoritairement véhiculée par la pornographie actuelle, a gagné sa place dans l'esprit collectif. Son impact dans nos vies est même mesurable (j'y reviendrai).

En moins de dix ans, la romance a subi une mue particulièrement spectaculaire. Cette littérature ronronnant dans ses habitudes, a vu débarquer des pratiques jusqu'alors réservées à un public averti, qui ont aidé à dépoussiérer le genre.
Parfois pour le meilleur (libération du désir féminin) parfois pour le pire (l'enfermer dans des clichés rétrogrades).

Certaines collections éditoriales "pour dames", flairant le potentiel économique de l'érotisme, ont décliné avec un succès fulgurant, des histoires réutilisant les grosses ficelles de la romance traditionnelle en les saupoudrant d'une bonne dose de sexe, titillant ainsi les désirs d'une population biberonnée à Cendrillon, Pretty Woman et Youporn.

De Candy à la pornostar, chronique d'une innocence perdue à jamais.

C'est un fait, le sexe fait vendre. Que ce soit dans la presse (on ne compte plus les articles "comment dégotter un sex-friend", "je veux jouir", "réaliser ses fantasmes avec Jules") dans la pub, à la télé ou sur internet, le sexe est partout.
C'est devenu un objet de consommation comme un autre. Les fameux "tubes" ne sont plus une chasse-gardée masculine. Les femmes regardent du X (31% du panel interrogé, selon une étude du Marie Claire US datée d'octobre 2015, une étude IFOP de 2012 ramène quant à elle ce chiffre à 18%). Plus concrètement, d'après les hébergeurs de sites, cela représenterait 1 visite sur 3.
Cet entrisme a forcément eu des répercutions sur la sexualité féminine et plus généralement, sur les comportements féminins.

Aujourd'hui, croiser une jeune femme qui n'a jamais goûté aux "joies" de la fellation est aussi rare que découvrir un neurone actif chez Ribéry. La sodomie n'est plus une pratique réservée aux "femmes de petite vertu", le bondage est sorti du placard, quant à l'éjaculation faciale...
Enfin bref.
Notons que toutes ces pratiques ayant intégré nos habitudes sexuelles par la force des choses (et une certaine pression de la société moderne), sont prioritairement axées sur le plaisir masculin. Et plus inquiétant, dans une société où la femme doit continuer à se battre quotidiennement pour être respectée, ces pratiques affichent plus qu'ouvertement le besoin de domination masculine. Comme si on nous permettait du bout des lèvres l'indépendance dans l’espace public, tant que dans l'intimité, nous continuions à nous soumettre aux envies du partenaire.
En parallèle, influencées par des icônes trash issues de la culture porn (Paris Hilton, Kim Kardashian, Clara Morgane, Zahia, etc.), les jeunes femmes ont adopté les stéréotypes du X les plus ostentatoires, jusqu'à tomber dans une certaine surenchère, brouillant encore plus la frontière entre la maman et la putain, sans pour autant sortir la femme de "l'objetisation". Le culte voué par les jeunes générations à l'aspect esthétique du porno est présent dans notre quotidien ; maquillage et fringues over sexy, épilation intégrale, obsession du corps parfait et quête de la performance sexuelle (mais quid du plaisir et du partage ?), etc. L'épanouissement ne passe plus par des valeurs intellectuelles, mais uniquement par l'image.
Cette évolution a fait l'objet d'un documentaire très intéressant d'Ovidie intitulé "À quoi rêvent les jeunes filles" que je vous invite fortement à regarder.
Un lien pour en savoir plus : http://www.telerama.fr/television/a-quoi-revent-les-jeunes-filles-le-doc-d-ovidie-disponible-sur-youtube,128508.php

Il était alors logique que la sexualisation du quotidien rejaillisse à un moment ou un autre sur la littérature. C'est donc par le biais d'un genre plébiscité par le lectorat féminin que les mots érotiques sont entrés en masse dans les foyers.

De la fille qui lisait un Azur en cachette à celle qui dévore un petit Esparbec illustré dans le métro.

La littérature a commencé plutôt gentiment, à coup de pan-pan cucul aseptisé, avant de sortir assez vite l'artillerie lourde. Ainsi a explosé la Dark Erotica, (pour vulgariser : imagine une version totalement romantisée et dégénérée de l'histoire de Natascha Kampusch, tu auras le scénario-type).
Cette escalade vers le glauque s'est amorcée dès les 50 nuances de Grey et son héros pathologiquement siphonné. En sus, et plutôt inédit dans la romance mainstream, l'univers du BDSM sorti des milieux underground, a prouvé le côté bankable de pratiques jusque-là taboues.

Si le zinzin maniaque a connu de beaux jours avec des milliers de déclinaisons de ce modèle, son rôle se bornait encore à nous rejouer les Pygmalion modernes.
C'était sans compter le phénomène engendré par le succès surréaliste du nuancier Bricorama.
Prises d'une frénésie de célébrité, et rêvant de virer EL James de sa place de reine du cul-culte, de nombreuses autrices (dont une majorité d'auto-éditées) se sont alors emparé de thèmes flirtant allégrement avec le malsain, les limites morales voire légales. Elles ont joyeusement mis les doigts dans le purin, alors que plusieurs affaires de séquestration avec viol et parfois syndrome de Stockholm faisaient l'actualité.
Le sujet idéal pour faire le buzz venait de télescoper son destin ! En effet, pour faire parler d'un roman, les nouvelles autrices ont vite joué la surenchère. Elles avaient le sujet, il leur fallait le héros. Au lieu d'un gros dégueulasse en claquettes/chaussettes, il suffisait de réutiliser le zinzin, pardi !
C'est ainsi qu'est né le héros contemporain de Dark Erotica.

De la fille qui exprime un profond dégoût pour les prédateurs sexuels de faits divers, à celle qui fantasme sur la version fiction, pourvu qu'elle ressemble à un top model de chez Hugo Boss.

Ayant bien retenu la leçon du vilain petit Grey, l'homme a été doté d'un physique d'Apollon ténébreux irrésistible, et d'un background mélodramatique faisant passer la bio de Pablo Escobar pour un Oui-Oui au pays de la poudreuse des plus mignonnets.

Traversant actuellement l'ère de l'héroïne insipide, après les "castratrices" Xena, Buffy ou Sharon Stone, il a suffi d'exploiter son trait de caractère principal : l'indécision.
Dans ces romans, l'indécise endosse le rôle pour lequel elle est naturellement taillée : proie, jouet sexuel, prise de guerre, objet de chantage. Enlèvement, tortures physiques ou psychologiques, viol, rien ne lui est épargné. Il faut qu'elle souffre (et elle souffre joyeusement) pour gagner le cœur d'un héros qui aurait dû, en toute logique, finir (rayez la mention inutile) dans une cellule capitonnée, sous les balles du FBI ou sous les pneus d'un tank.
Mais non.

Utiliser un pervers narcissique, c'est la certitude d'un héros réussi, devant lequel des millions de lectrices vont se pâmer. Magique. Toute victime d'un PN vous dira que le type en question ne se soigne pas à dose de "t'es trop beau, je t'aimeuuu". En fait, il ne se soigne pas du tout. Pas plus qu'un psychopathe.
Romantiser une relation toxique et mortifère, est-ce donc ça qui fait désormais rêver la lectrice ?

Et si pour les fans, la Dark Erotica se résumait à ça ?


Bizarrement, la première image que j'en retiens, c'est plutôt ça :

                                                              (Grave encounters)

Sans remettre en question son droit d'être publié et proposé à un public averti, il est évident que ce type de roman n'est pas anodin, et n'a pas forcément sa place dans les rayons romances, et ce, sans warning explicite.

Il ne s'agit bien évidemment pas de l'interdire, mais d'alerter le lecteur de ce qu'il tient entre les mains.

En effet, pourquoi imposer à la pornographie et aux œuvres violentes ces fameux warnings sous peine de poursuites judiciaires, alors que la Dark Erotica y échappe ?
Qu'est-ce qui légitime cette bienveillance ?
À lire la façon dont la Dark Romance/Erotica est défendue, on dirait qu'il y a une forme de bravade. Quand on s'interroge sur la Dark, on est arbitrairement dénoncée comme coincée du cul. Tout ça ne dissimulerait-il pas une certaine difficulté à accepter les émotions qu'elle génère ? On se réfugie derrière l'aspect psychologique de la relation pour justifier l'intérêt, parce qu'il est plus difficilement avouable d'être fascinée par l'escalade de violence. Comme si reconnaître cette fascination rendait la lectrice complice des sévices. Pas facile d'assumer sa curiosité malsaine pour les scènes de viol et de tortures.

Pourtant, c'est bien en flattant nos instincts les plus vils (voyeurisme, sadisme, obscénité) que cette littérature parvient à nous accrocher. En alternant le chaud et le froid (l'agression et la séduction), elle utilise une arme bien connue de certains groupuscules : le conditionnement.
En tant que femmes, nous baignons déjà dans la violence d'une société en pleine mutation. Que cette violence soit larvée (contre nos droits) ou plus offensive, nous avons appris à vivre avec. Nos fantasmes se sont construits en fonction de cette atmosphère. Or la Dark Erotica entretient le besoin instinctif de "guérir" le salaud, et d'en être naturellement victime.
Cela a beau "n'être que de la fiction", doit-on se réjouir d'un happy-end entre une femme torturée et son bourreau, sans qu'il ait à subir les conséquences de ses actes ? Pourquoi cette complaisance à enchaîner les scènes les plus crues et les plus violentes ? À quel moment a-t-on jugé inutile d'avertir le public du contenu d'une œuvre tant qu'elle finit par un happy-end (relatif) ?

Bref, qu'est-ce que ça dit de nous ?

Que le calvaire d'une femme nous fascine.
Que voir le pire des monstres absout de ses crimes grâce à l'amour de sa victime, c'est normal.
Que ce n'est pas la femme qui compte dans l'histoire, mais son bourreau. On se demande jusqu'où l'homme est capable d'aller pour la briser, jamais si sa victime va subir des séquelles de ces sévices.
On entretient ce sentiment qu'une victime le cherche, quelque part, pire, que ça lui donne de l'importance aux yeux du "héros".
Selon moi, la Dark Erotica ne fait que renforcer la conviction qu'une femme doit souffrir pour être aimée, et en caricaturant, qu'une femme ne doit son salut qu'à travers le bon-vouloir d'un cinglé.
Encore faut-il que le gars soit beau (friqué, c'est encore mieux).


Et si c'était un nouveau moyen d'assouvir le très populaire fantasme de viol ?
N'est-il pas inquiétant justement que nous rêvions d'être l'objet d'une obsession tellement puissante, qu'elle "oblige" l'homme à abuser de nous ?
Cela ne renforcerait-il pas le délire qu'une femme "recherche ça", au fond, que pour la séduire, elle doit être "forcée" de reconnaître son attirance, offrant la pire des justifications à tous les violeurs ?
N'est-ce pas aller dans le sens de cette société patriarcale qui enseigne qu'une femme ne sait rien de son désir, tant qu'un homme ne le lui a pas montré ?

Au final, ce type de lecture est-il un exutoire, a-t-il l'effet cathartique tant espéré, ou n'est-il qu'un prétexte pour entretenir, sous couvert de fiction, ce qu'il y a de plus sombre en nous ?

samedi 7 octobre 2017

SEX IN THE KITCHEN de Octavie Delvaux


4ème de couverture
"Charlotte, jolie brune de vingt-huit ans, partage ses journées entre son boulot répétitif de maquettiste, sa passion pour les recettes bios et son blog culinaire qui cartonne. Seule ombre au tableau : sa vie de couple soporifique. Intriguée par les aventures sexuelles de ses deux meilleures copines, Morgane, la fashionista nymphomane, et Déborah, la dominatrice-orthophoniste, Charlotte rêve secrètement d’ébats plus pimentés. D’un jour à l’autre, sa petite vie va basculer. Elle plaque son mec, un nouveau directeur aussi odieux qu’irrésistible débarque dans sa boîte et un mystérieux admirateur lui fait des avances carrément indécentes…"

Alors, doc, verdict ?
Ce roman, c'est ma bouffée d'air frais de la rentrée.
Oh, bien-sûr, j'ai quelques années de retard. Acheté dès sa sortie, perdu dans les méandres de ma liseuse, c'est le jeu du "doigt qui pointe au pif " qui l'a sorti des limbes de ma PAL cette semaine. Mieux vaut tard que jamais.

Ma première sensation après lecture, c'est d'avoir eu entre les mains un roman associant l'esprit La Musardine (du Q très parisien), l'ambiance Sex and the City (la série TV, pas le livre nullissime, d'un groupe de copines décomplexées), et plus lointain, une pincée de Max (magazine érotico-chic des années 80/90) avec les aventures de Miss Trick et les illustrations coquines de Arthur de Pins (ce loulou-là, j'y reviendrai).
Pour la petite histoire, adolescente, j'étais abonnée à cette revue "masculine" qui a développé chez moi le goût du beau (les photos étaient à tomber), celui de la découverte (de bons articles de fond sur l'actualité) et évidemment celui de l'érotisme.

Si je n'ai pas retrouvé le panache des versions courtes d'Octavie Delvaux, qui manie la langue avec la dextérité d'un coup de fouet de Catwoman, j'ai adoré ce mélange des genres, chick-lit (réduction sexiste pour dire comédie sentimentale) et érotisme cru et bon enfant.

Sous une lecture sans prétention, on reconnaît vite l'autrice avertie et sa maîtrise de certains codes. Associé à son désir d'amuser ses lecteurs, son roman est une véritable explosion de bonne humeur contagieuse.
L'avoir comparé aux 50 nuances, comme j'ai pu le lire dans la presse, c'est opposer la liberté sexuelle made in Paris à la déferlante pan-pan-cucul propret des US, et ça relève d'un énorme hors sujet.
Les deux romans ne jouent pas dans la même cour et encore moins pour la même équipe. Car si l'un a ravagé la littérature féminine avec son pervers narcissique porté aux nues, le second l'a sérieusement décomplexée.

Pour en revenir à SEX IN THE KITCHEN, sans surprise, on sent flotter l'influence de Candace Bushnell sur les relations entre ces trois copines. Imparfaites et l'assumant sans peine, elles dégagent beaucoup de sympathie et d'énergie. Le quatrième larron de la bande, Ben, joli puceau de vingt-six ans, fait figure d'image masculine un peu floue. C'est d'ailleurs le lot de ses comparses, entre veulerie et soumission. Un drôle de renversement de situation (out, le mâle alpha hyper dominant), qui n'est pas pour me déplaire.

J'ai adoré les personnages secondaires (même les muets), tout comme les figurants qui ont tous un rôle truculent à jouer dans cette comédie.
J'ai aussi aimé la pétulance des dialogues (qui usent de vulgarité, sans sombrer dans l'ordinaire), la quête de Charlotte (aaah, Boris, tu me fais voir la légion - et ma table basse - d'un autre oeil), les scènes de sexe franchement réussies, les situations cocasses, la simplicité du récit qui ne s'encombre pas de superflu.

Mais alors, vais-je tenter la suite : SEX AND THE TV ?
Pour le coup, j'hésite encore. Certains points, gentiment spoilés par des lecteurs, m'ont un peu refroidie.
Hélas, si c'est le seule moyen de retrouver Octavie, il va bien falloir que je le tente...

Verdict : fun fun fun !

LA MUSARDINE
320 pages

mardi 3 octobre 2017

PENELOPE réalisé par Mark Palanski


Synopsis
"À cause d'une malédiction ancestrale, Penelope naît avec un nez de cochon. Pour conjurer le mauvais sort, elle doit épouser un noble. Mais bien sûr, tous fuient à sa vue. C'est alors qu'arrive Max Campion, noble mais sans le sou à force de passer ses nuits blanches à jouer au poker..."

Acteurs
Christina Ricci, James McAvoy, Catherine O'Hara, Peter Dinklage...

Alors, doc, verdict ?
Voilà un joli petit film sans prétention, qui reprend à son compte le thème de la Belle et la Bête pour le revisiter avec poésie et une pincée de l'univers d'Amélie Poulain.

Christina Ricci est à croquer, malgré ce groin disgracieux, toutefois, j'ai trouvé qu'elle forçait un peu son jeu et ses mimiques "mignonnes" pour attendrir le spectateur. Quant à James McAvoy, capillairement tout à fait dans l'air du temps -loin d'être son atout - il est réellement émouvant.
Reese Witherspoon, productrice du film, s'est offert un petit rôle fort sympathique en toute humilité, elle gagne ainsi en saveur.

J'ai beaucoup aimé certains décors, et je regrette qu'ils n'aient pas été plus exploités et intégrés dans la trame. Et j'ai goûté avec bonheur aux vêtements colorés de l'héroïne.
En revanche, je me demande ce que des réalisateurs comme Tim Burton ou Alfonso Cuaron auraient pu tirer d'une histoire proche de leur univers. Alliant  style très étudié et ambiance atypique, il a déjà beaucoup de personnalité, mais il lui manque une pincée d'ironie et une pointe d'extravagance pour le rendre parfait.

Cela n'en reste pas moins un spectacle sympathique, beau à regarder et intéressant à suivre.

Pour finir, c'est un film idéal pour une soirée "cocooning" ou un après-midi avec des enfants, car il est abordable au premier degré à partir de 7/8 ans.

Verdict : mignon

MOMENTUM
100 minutes

lundi 2 octobre 2017

TOURBILLONS de Judith McNaught


4ème de couverture
"Pauvre petite fille riche et malheureuse... Étouffée par son père, Meredith se jette dans les bras de Matt. Le résultat ne se fait pas attendre : Meredith est enceinte... Matt lui propose aussitôt de l'épouser. Mais sans fortune, il n'a aucune chance de convenir à son beau-père. Lequel emploi alors toute son énergie à détruire le mariage de sa fille. Avec succès. Onze ans après cette brève et dramatique union, Meredith, désireuse de se remarier, apprend que son divorce n'a jamais été légalement prononcé. Elle décide de revoir son ancien mari pour obtenir un accord à l'amiable... Matt ne l'a jamais oubliée. Aujourd'hui à la tête d'un empire financier, il tient sa revanche... Il ne donnera son accord que si Meredith accepte de lui consacrer une journée par semaine pour qu'ils apprennent à mieux se connaître. Curieux marché... Elle n'a pas le choix, de toute façon. Mais il faut se méfier des volcans que l'on croit éteints... Une étincelle et le brasier se ranime."

Alors, doc, verdict ?
Un magnifique roman racontant le destin sur plusieurs décennies d'une riche héritière, qui prend en main l'entreprise familiale avant de retomber sur son premier amour qui lui a brisé le coeur.

Cela a un côté clinquant très années 80. Ça m'a rappelé la série Dynasty,
où l'argent, les écheveaux familiaux, et les intrigues financières ou amoureuses alimentaient chaque semaine de nouveaux épisodes. TOURBILLONS a été écrit au début des années 90, et on reconnait l'atmosphère de ces années là. 
Pourtant l'écriture reste moderne.
C'est le mélange parfait entre la sensualité flamboyante et assumée de la romance contemporaine avec l'émotion, la profondeur ainsi qu'un scénario très travaillé.
S'ajoutent des caractères moins stéréotypés que dans les romans d'amour habituels.

Par ailleurs, le roman n'est pas constitué de petits intermèdes rébarbatifs entre deux scènes sentimentales. Les épisodes se déroulant en entreprise sont intéressants et constituent un socle solide pour le roman.
Je me croyais incapable de suivre ces passages moins glamours or je me suis surprise à les lire jusqu'au bout.

Une romance aujourd'hui inclassable, qui ne fait toujours pas l'objet d'une ré-édition.
Pourtant, Judith McNaught est un auteur à succès régulièrement éditée chez J'AI LU (qui a eu moins de scrupules à ressortir des livres médiocres comme La chambre des délices).
Peut-être que le contexte très XXème siècle du roman ne facilite pas la démarche.

Loin des standards actuels de la littérature sentimentale qui privilégie la surenchère érotique au détriment de l'intrigue, ce roman est plus dense, plus malin, plus classe.
Une réussite.

Verdict : j'ai adoré

FRANCE LOISIR
561 pages

dimanche 1 octobre 2017

LES ERRANTS 3 : DISPERSIONS de Denis Labbé

4ème de couverture
« Alors que je me saisis sans doute pour la dernière fois de mon crayon, je sens le poids du monde sur mes épaules. »
"Toujours aux portes de Lunéville, les ados survivants, menés par Marion, doivent affronter de nouvelles menaces. Dans un monde qui se décompose, les Errants ne sont plus leur unique inquiétude. Entre les mutations qui se développent, les bandes armées qui battent la campagne et les militaires qui ne parviennent pas à repousser les hordes en marche, la petite troupe va devoir faire preuve d’initiatives, de courage et de sacrifice pour s’en sortir. Il n’est pourtant pas certain que tous y parviennent.."

Alors, doc, verdict ?
Pas d'arrêt sur image sur le tome 2 qui enchaîne directement sur le précédent. Défauts et qualités s'y retrouvent, avec un petit plus, la rencontre de nouveaux types de zombies, entretenant ainsi la tension à son maximum.
Je passe donc directement au tome 3.

Ayant suivi les aventures de Marion et sa bande depuis le début, je me demandais comment Denis Labbé allait conclure son histoire. Ce n'est d'ailleurs que la fin d'un premier cycle, l'auteur ayant produit deux séries dérivées de celle-ci.

Un mot sur la couverture. J'aime beaucoup le travail de l'illustrateur sur ces trois tomes, mais là, j'ai tout de même émis un petit cri de souris en découvrant la dernière.
Si ça se met à spoiler dès la couverture, mais où va-t-on mon bon monsieur ?

Enthousiasmée par une micro nouvelle PETIT PAPA ERRANT dont j'avais goûté le sens du style et la parfaite maîtrise de l'angoisse, j'avais apprécié l'intrigue des ERRANTS, sans adhérer à la narration et au caractère du personnage principal.

Ceci étant, je ne partage pas les critiques concernant la redondance des aventures de ce groupe d'ado, bien que certaines scènes n'aient rien apporté à l'intrigue.
Cela ne me dérange pas car ça fait aussi partie du genre ; on se fait attaquer par des zombies, on les combat, on s'enfuit, on se planque, on se fait attaquer par des zombies, on les combat, etc.
Ce qui permet à une histoire d'avancer, c'est l'évolution des personnages, l'introduction de nouveaux, leurs interactions et leur appréhension de la situation, voire le contexte des attaques. Le reste est un éternel recommencement, la série THE WALKING DEADS en est la parfaite illustration.

Les choses qui ne m'ont pas convaincue.
Je réitère mes réserves concernant Marion, et les dialogues.
Malgré la narration insistant lourdement sur la façon dont elle est perçue par le groupe, et les tentatives de l'auteur d'en faire le leader vers lequel il semble naturel de se tourner, Marion n'a aucun charisme. Ses contradictions perpétuelles (hystérie/introspection/jalousie/auto-apitoiement) la rendent pénible tout en accentuant le décalage avec d'autres personnages plus intéressants.
Dans les faits (et c'est bien triste parce que j'aurais adoré que Denis Labbé réussisse un personnage principal féminin), c'est Louis qui se voit attribuer ce rôle.
C'est amusant car un personnage comme Cornélia, plus constant, mature, singulier et offensif en avait l'étoffe, justement. Personnage à gros potentiel, l'auteur en a fait l'héroïne d'une de ses séries dérivées PROJET CORNELIA, et Louis le héros de l'autre série ERRANCES.
Ce n'est donc pas un hasard.

Concernant les dialogues, ils sont toujours trop élaborés, que ce soit dans la bouche d'ado ou d'adultes, et tiennent peu compte du contexte (urgence et danger). Trop littéraires, donc peu spontanés, trop longs, ils cassent le rythme et alourdissent les échanges.
Ça m'a donné une image scolaire du texte.

En aparté : trop de "ma puce" tue (comme le virus). Les ado actuels font rarement dans ce genre de mièvrerie. Prénoms, surnoms, insultes "affectueuses", leurs échanges sont de plus en plus empreints d'une agressivité, qui me semble mal restituée ici. Dans la vie réelle, quand deux filles se charrient, ça tourne vite au "arrête de faire ta connasse" (agacement affectueux). Le "t'es conne", est rarement employé entre vraies copines (insulte dévalorisante).

En dehors d'une mention erronée sur les cours martiales lors d'une discussion avec un militaire français (les CM ont été supprimées en 1928, quant aux tribunaux militaires, c'était en 2012), j'ai trouvé le boulot de documentation convaincant.

Les choses qui m'ont plu.
Pas de doute, Denis Labbé sait raconter une bonne histoire.
Mêlant Grande Histoire et survival contemporain, il a su insuffler ce sentiment d'urgence et de danger dans chaque scène. J'ai justement adoré le fait qu'à chaque étape, le danger rode, qu'il n'y ait pas de petit paradis intouchable. C'est désespérant, mais c'est ça une histoire de zombie ; le côté inéluctable de la pandémie qui malgré la lutte, gagne toujours plus de terrain.

Son idée de créer différents types d'errants est géniale, y compris les explications concernant leur création. J'aurais d'ailleurs aimé qu'il creuse la question et explore toutes les hypothèses dans ce tome, raccourcissant en retour l'état de siège dans les différents villages.

J'ai aussi apprécié l'interaction entre les personnages. Occultant (involontairement) la narration à la première personne lors des scènes d'action, j'ai enfin pu placer les personnages sur un pied d'égalité. Ces scènes-là sont haletantes, bien construites, et mettent en valeur les autres protagonistes.

Celui de Jean-Michel est le plus intriguant, même si le côté "va-t-en-guerre" est excessif. C'est avec Cornélia celui qui me plaît le plus.
Encore une fois, pas de hasard, ces deux-là se retrouvent dans une série dérivée.

Pour finir, cet indéniable savoir-faire rend le récit addictif, ménage les phases de suspense tout en conservant l'intrigue sous une tension permanente.

Toutefois, si un auteur doit être différencié de son œuvre, les réseaux sociaux permettent de révéler les caractères, et de dénoncer certains comportements. Pour avoir croisé Denis Labbé au détour de différentes discussions, et ne parvenant plus à occulter les propos injurieux ou le ton condescendant sur lequel ils avaient été tenus, j'ai décidé de ne plus acheter ses romans ni de suivre la carrière de cet auteur.

Verdict : une lecture prenante

ÉDITIONS DU CHAT NOIR
330 pages en numérique

LES ERRANTS 1 : ORIGINES de Denis Labbé

4ème de couverture
"Que faire quand on est une adolescente et que le monde s’écroule autour de soi ? C’est la question qui se pose à Marion, seize ans, que rien ne préparait à une telle catastrophe. Lors d’un voyage scolaire au camp de travail du Struthof, certains de ses camarades et de ses professeurs sont frappés par un mal étrange.
Alors que l’épidémie se répand, elle essaie d’y échapper, en compagnie d’un groupe d’amis rescapés. Mais sans l’aide d’adultes, la tâche va s’avérer délicate et la vie en communauté pas si aisée que cela."

Alors doc, verdict ?
Premier volume d'une trilogie d'épouvante, ORIGINES prend pour héros un groupe d'adolescents fuyant une pandémie déclenchée lors de la visite d'un ancien camp de concentration dans les Vosges (le Struthof, pour ceux que le sujet intéresse).

Cela aura été une lecture divertissante et angoissante, bien-sûr, grâce à son thème "survival zombie" parfaitement exploité.
Toutefois, certains points m'ont moins convaincue.

La mise en place m'a semblé très longue. Certes, elle installe le climax (menace planant au-dessus d'une classe entière), mais j'ai trouvé que cette première partie manquait de rythme et qu'elle s'arrêtait sur trop de personnages. J'aurais aimé les découvrir au fur et à mesure des évènements (et de leur "utilité" pour faire avancer le récit).
Trop de figurants, ça fout le bordel dans le dispositif.

Deuxième point qui m'a laissé perplexe : les dialogues.
Ils sont très longs, trop explicatifs, et manquent de spontanéité dans la bouche d'adolescents. Pour mon oeil de quadra, on dirait des discussions entre adultes qui tentent de jouer les "jeunes". Par ailleurs, ça n'a pas l'ironie mordante employée par les nouvelles générations.

Troisième point bloquant, Marion, le personnage principal.
Malgré la narration à la première personne censée renforcer l'identification, elle m'a parue peu réaliste. Parfois très adulte (mais pas dans le bon timing), souvent agaçante, elle donne l'impression d'être un catalogue de traits de caractère assemblés pour constituer une jeune fille "stéréotypée".
Ce manque de nuance rend l'alternance entre ses monologues égocentrés et ses actes, peu naturelle. Ce problème se retrouve d'ailleurs dans les autres personnages, qui restent caricaturaux. Heureusement, certains finiront par tirer leur épingle du jeu (mais pas dans cette trilogie).

Dernier souci, j'ai été surprise par l'élimination d'un des personnages à gros potentiel. Moins manichéen que ses camarades, ses interventions et sa personnalité relançaient l'intérêt pour ce groupe disparate.

Ok, cela peut ressembler à un catalogue de mauvais points, pourtant ce roman recèle de qualités essentielles non négligeables.
Ce serait dommage de ne pas tenter le coup.

Techniquement, le texte est "propre", et contient de petites références sympa en guise d'introduction de chaque nouveau chapitre. S'agissant d'un ebook, la maison d'édition a rendu un bon travail numérique.

D'un point de vue formel, le style est excellent, abouti. De plus, Denis Labbé connaît parfaitement les codes du genre et maîtrise son décors, qu'il utilise avec beaucoup d'efficacité pour restituer les sensations de ses personnages.
C'est justement l'utilisation des Vosges qui m'a le plus plu. La fuite à travers ces vastes forêts et ces petits villages exhale une peur due à leur proximité géographique. C'est toujours agréable de tomber sur un roman de genre qui situe son action en France.
J'ai aussi eu le sentiment d'être intégrée au groupe et d'être acculée dans les mêmes espaces confinés.

J'ai donc bien retrouvé la tension propre à ce genre, ce sentiment de désespoir et d'inéluctabilité qui serrent la gorge à chaque nouvelle page tournée.
Un premier tome qui, malgré des points perfectibles selon moi, est passionnant et donne envie de poursuivre le cauchemar.

Verdict : donne envie de lire le suivant

ÉDITIONS DU CHAT NOIR
277 pages en numérique